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Élection présidentielle russe : vers un nouveau sacre de Poutine
Vladimir Poutine veut jouer les prolongations. Déjà maitre de la Russie depuis un quart de siècle, le chef d'Etat brigue ce weekend un cinquième mandat. Sa victoire est déjà acquise : l'opposition a été réduite à néant et les urnes, habituées aux irrégularités, sont acquises à sa cause. Âgé de 71 ans, le dirigeant va rester au Kremlin jusqu'en 2030. Au minimum.
Vladimir Poutine aurait en effet dû se retirer en 2024, à la fin de son mandat actuel, la législation russe n'autorisant pas un président à faire plus de deux mandats consécutifs. Mais l'homme a pris gout au pouvoir. Et a tout fait pour le conserver : en janvier 2020, il avait annoncé sa volonté de réformer la Constitution. Objectif initial : graver dans le marbre des principes conservateurs chers au président - foi en Dieu, mariage réservé aux hétérosexuels, enseignement patriotique -, ainsi que des garanties sociales, comme l'indexation des retraites.
Mais trois mois plus tard, il ajoute un article, pourtant jamais évoqué : la remise à zéro des compteurs présidentiels. Une nécessité selon lui, car la classe politique ne doit pas se perdre dans "une quête de successeurs potentiels". Pour Vladimir Poutine, cela permet aussi de garantir "la stabilité, la sécurité et la prospérité" de la Russie, qu'il se targue d'avoir sorti du chaos post-soviétique. Le projet est validé avec 78% des suffrages en juin 2020, puis signé en 2021 par le président, assuré de pouvoir régner jusqu'en 2036, l'année de ses 84 ans. "Poutine a humilié tout le monde (...) Même dans la plupart des pays du tiers-monde, il n'y a pas une telle honte", avait alors fustigé Alexeï Navalny, accusant le président de vouloir "diriger la Russie à vie".
Ce n'est pas la première fois que l'ancien patron du FSB contourne la législation pour garder son siège au Kremlin. En 2008, il avait pris le poste de Premier ministre et laissé le pouvoir à son dernier chef de gouvernement, Dmitri Medvedev. Après cet intermède de quatre ans, il avait été réélu président en 2012, malgré un grand mouvement de contestation. Puis, la durée du mandat présidentiel avait été prolongée de quatre à six ans et Vladimir Poutine fut réélu président en 2018, sans surprise, et sans réelle opposition.
Lors de sa précédente élection, le président avait été reconduit avec 76% des voix dès le premier tour. Un résultat à prendre avec des pincettes, selon l'opposition et des ONG, selon lesquelles les tours de passe-passe du président ne s'arrêtent pas à la Constitution. Électeurs transportés par autocars entiers par la police, observateurs menacés, bourrages d'urnes… Le scrutin de 2018 avait été entaché de milliers d'irrégularités.
Le mouvement d'Alexeï Navalny, mort en prison le 16 février, avait déployé 33.000 observateurs sur le terrain. Verdict : des centaines de cas de fraudes, surtout à Moscou et dans sa région, à Saint-Pétersbourg et au Bachkortostan, à 1200 km de la capitale. Pour doper le taux de participation à Iakoutsk, dans l'Extrême-Orient russe, "on a promis aux électeurs des poulets" en échange de leur vote, avait rapporté Ivan Jdanov, juriste de l'équipe de l'opposant. Selon des vidéos filmées et diffusées par l'ONG Golos, des bourrages d'urnes ont eu lieu dans plusieurs endroits du pays, comme à Lioubertsi, à quelques kilomètres à l'est de Moscou. Des militants de l'opposition avaient également diffusé des vidéos montrant des électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police. Des coupons de réduction pour des produits alimentaires avaient été distribués à ceux se rendant aux urnes.
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[Courte citation de 8% de l'article original]